Lundi 11 h 15, micro-crèche de 12 places à Colmar. Le livreur pose deux caisses de repas en liaison froide dans le couloir, fait signer le bon et repart. L'auxiliaire range les barquettes au réfrigérateur entre deux changes. Personne n'a pris la température, le bon de livraison est resté sur le plan de travail, et le numéro de lot du poulet du jeudi est quelque part sur une étiquette qui partira à la poubelle avec la barquette.
Réponses courtes
Synthèse pour les équipes rédigée par Leia.

- La traçabilité alimentaire est-elle obligatoire en micro-crèche ?
- Oui, dès que la structure remet des repas, qu'elle cuisine ou réchauffe des barquettes livrées. L'article 18 du règlement (CE) 178/2002 impose d'identifier le fournisseur de chaque denrée, le règlement (CE) 852/2004 impose la méthode HACCP et ses enregistrements, et l'arrêté du 21 décembre 2009 fixe les températures et les plats témoins. L'agrément du traiteur couvre le traiteur jusqu'à la porte ; la crèche trace à partir de la porte.
- Que doit contenir le registre de réception des denrées en crèche ?
- Cinq colonnes : la date et le fournisseur, le produit avec son numéro de lot et sa DLC ou DDM, la température à réception pour les produits sensibles (+3 °C au plus en liaison froide, +63 °C au moins en liaison chaude, selon l'arrêté du 21 décembre 2009 pour les denrées d'origine animale), la décision (accepté, refusé, retourné) et les initiales du professionnel. Une photo de l'étiquette remplace avantageusement la recopie du lot. Leia enregistre la réception avec la photo depuis la cuisine.
- Combien de temps conserver les étiquettes et les relevés de traçabilité en crèche ?
- Aucun texte ne fixe de durée. Le « 6 mois » vient d'une note de service DGAL de 2005, caduque, reprise du document d'orientation européen sur le règlement 178/2002 : six mois pour les périssables, cinq ans pour les produits sans date limite. Le « 3 ans » n'a pas de base. La durée retenue s'écrit dans le plan de maîtrise sanitaire et s'applique ; les repères de six mois et cinq ans restent ceux des DDPP.
- Le plat témoin est-il obligatoire en crèche et combien de temps le garder ?
- Oui en restauration collective. L'annexe IV, alinéa 5, de l'arrêté du 21 décembre 2009, reprise par le vade-mecum DGAL, prévoit un échantillon de 80 à 100 g par plat servi, hors denrées préemballées remises en l'état, et identifié. La note de service DGAL 2011-8117 fixe la conservation : au moins 5 jours après la dernière présentation, au froid positif, entre 0 et +3 °C. Le registre note la date du repas, le plat et la date de fin de conservation.
- Que demande la DDPP lors d'un contrôle de traçabilité en crèche ?
- Le plan de maîtrise sanitaire et ses enregistrements : registre de réception, relevés de température des enceintes froides, DLC secondaires sur les contenants ouverts, plats témoins, plan de nettoyage émargé, formation du personnel. L'inspecteur applique le vade-mecum sectoriel restauration collective et attribue un niveau de A à D, publié un an sur Alim'confiance. En 2023, les services vétérinaires ont réalisé 849 contrôles en crèche, 7,8 % classés C ou D.
- Que faire en cas de rappel produit ou de suspicion de TIAC en crèche ?
- Pour un rappel, vérifier dans le registre de réception si le lot a été reçu et servi, retirer la denrée et informer les familles concernées. Pour une TIAC, dès deux cas groupés ou dès la suspicion, signaler à l'ARS via le point focal régional (cerfa 12211*02, article L. 3113-1 CSP) et tenir à disposition les plats témoins, les relevés de température et le registre de réception des jours concernés. Leia retrouve un lot et les enfants qui l'ont consommé en un clic.
La traçabilité alimentaire en crèche est souvent la première chose qui déraille, et rarement pour les raisons qu'on croit. Les équipes font les gestes : elles regardent les dates, jettent ce qui est douteux, rangent correctement. Ce qui manque, c'est l'écrit qui prouve le geste. Or c'est précisément ce que lit l'inspecteur de la DDPP, et c'est la seule chose qui compte le jour d'un rappel produit ou d'une suspicion de toxi-infection alimentaire collective.
Réception, stockage, DLC secondaire, plats témoins, incidents : ce que la réglementation impose réellement à une crèche ou à une micro-crèche, texte à l'appui, et ce qu'elle n'impose pas, à commencer par les durées de conservation qui circulent sans source.
Consulter les textes sources
Le règlement (CE) 178/2002 fixe le principe de traçabilité (article 18). L'arrêté du 21 décembre 2009 fixe les températures et les plats témoins pour les denrées d'origine animale, l'arrêté du 8 octobre 2013 pour les autres. Le vade-mecum sectoriel restauration collective de la DGAL est la grille que l'inspecteur applique.
Ce que la loi impose vraiment à une crèche, et ce qu'elle n'impose pas
Trois textes structurent toute la traçabilité alimentaire d'une crèche. Le règlement (CE) 178/2002, à son article 18, impose à tout exploitant du secteur alimentaire d'être en mesure d'identifier qui lui a fourni chaque denrée : c'est la traçabilité amont. Une crèche n'a pas de traçabilité aval, ses convives sont des consommateurs finaux. Le règlement (CE) 852/2004 impose la méthode HACCP et ses enregistrements. L'arrêté du 21 décembre 2009 fixe les températures de conservation et les plats témoins pour les denrées d'origine animale, complété par l'arrêté du 8 octobre 2013 pour les autres denrées.
Ces textes s'appliquent dès que la structure remet des repas, qu'elle cuisine ou non. Une micro-crèche qui réchauffe des barquettes livrées est en restauration collective au même titre qu'une cuisine sur place. Le cas des repas apportés par les parents n'est tranché par aucun texte : ils ne sont pas fournis par l'établissement et ne relèvent donc ni de sa traçabilité amont ni des plats témoins, mais leur réception et leur conservation s'encadrent dans le protocole d'hygiène, avec un contenant identifié au nom de l'enfant.
Ce que ces textes n'imposent pas mérite d'être dit avec la même netteté. Il n'existe pas de guide de bonnes pratiques d'hygiène validé pour les crèches : la référence de l'inspecteur est le vade-mecum sectoriel restauration collective de la DGAL, dans sa version 2.6 de mars 2026. Et aucun de ces textes ne fixe de durée de conservation des enregistrements, contrairement à ce qui se répète en formation.
Une gestionnaire de trois micro-crèches à Mulhouse pensait être hors champ parce que ses repas arrivaient d'un traiteur agréé : « la traçabilité, c'est lui ». L'inspection de février a rappelé que le traiteur trace jusqu'à la porte, et que la structure trace à partir de la porte. L'erreur fréquente est de croire que l'agrément du fournisseur couvre la crèche. Il couvre le fournisseur.
La réception : cinq minutes qui décident de tout le reste
Le contrôle à réception est l'étape la moins bien tenue des crèches, parce qu'elle tombe toujours au mauvais moment : pendant les changes, à l'heure de l'accueil, quand une seule professionnelle est disponible. C'est pourtant l'unique moment où le numéro de lot, la date limite et la température d'arrivée sont accessibles ensemble. Une fois la barquette déballée, l'information est perdue.
Le registre de réception tient en cinq colonnes :
- Date et heure de livraison : avec le nom du fournisseur ou du prestataire de repas. Le bon de livraison est agrafé ou scanné : il porte souvent le lot que l'étiquette ne montre pas.
- Produit, numéro de lot, DLC ou DDM : recopiés ou photographiés. C'est la seule information qui permet de répondre à un rappel produit sans appeler toutes les familles.
- Température à réception : mesurée sur les produits sensibles, pas lue sur le camion. Liaison froide : +3 °C au plus ; liaison chaude : +63 °C au moins, selon l'arrêté du 21 décembre 2009 pour les denrées d'origine animale.
- Conformité et décision : accepté, refusé, retourné. Un refus tracé protège la structure ; un refus non tracé n'a jamais existé.
- Initiales : de la personne qui a contrôlé. Le contrôleur veut savoir qui, pas seulement quoi.
Ne tracez pas tout avec le même niveau de détail. Les denrées sèches et préemballées se contentent du bon de livraison classé. Les produits d'origine animale, les laits infantiles et les repas en liaison froide méritent la ligne complète avec la température. Un registre qui demande dix champs pour un paquet de semoule finit par n'être rempli pour rien. Le détail de l'étape est dans notre article sur le contrôle à réception en crèche.
Stockage, DLC secondaire, biberonnerie : la traçabilité interne
Une fois la denrée entrée, la traçabilité change de nature. Elle ne sert plus à remonter au fournisseur mais à prouver que la chaîne du froid et les durées d'utilisation ont été respectées. Trois enregistrements y suffisent : le relevé de température des enceintes froides, la date d'ouverture avec sa DLC secondaire sur chaque contenant entamé, et l'étiquette de chaque biberon.
Le relevé de température se fait au moins une fois par jour et par enceinte, à une heure fixe, avec l'action prise en cas de dépassement. La fréquence exacte est celle que fixe votre plan de maîtrise sanitaire ; le contrôleur vérifie que vous la tenez, pas qu'elle est la plus élevée possible. La DLC secondaire, elle, est la date que vous fixez après ouverture d'un produit dont la date d'origine ne vaut plus : elle vient de la fiche technique du fabricant ou, à défaut, de votre PMS, et elle s'écrit sur le contenant, pas dans la tête de la cuisinière.
En biberonnerie, la référence des services de PMI reste les recommandations de l'AFSSA de juillet 2005. En pratique, l'étiquette attendue sur chaque biberon porte le nom de l'enfant, le lait infantile utilisé, la date et l'heure de préparation et l'heure limite de consommation. Pour le lait maternel, l'identification de la mère et la date de tirage s'ajoutent.
Dans une crèche municipale de 30 places à Chambéry, le congélateur affichait une courbe de température irréprochable sur l'enregistreur, mais aucun relevé manuel depuis six semaines : « l'appareil enregistre tout ». Il enregistre les températures, pas les actions. L'inspecteur a noté l'absence de preuve d'exploitation des données. Mesurer n'est pas tracer. Voir aussi nos articles sur la DLC secondaire en crèche, la chaîne du froid et le protocole de biberonnerie.
Plats témoins et durées de conservation : ce qui est écrit, ce qui ne l'est pas
Le plat témoin est l'obligation la plus précise de toute la chaîne. L'annexe IV, alinéa 5, de l'arrêté du 21 décembre 2009, telle que reprise par le vade-mecum DGAL, attend un échantillon par plat servi, hors denrées préemballées remises en l'état, d'une quantité de 80 à 100 g, identifié. La note de service DGAL 2011-8117 précise la conservation : au moins 5 jours après la dernière présentation, au froid positif, entre 0 et +3 °C. Il ne sert à rien en temps normal. Il sert à tout le jour d'une TIAC, quand l'ARS veut analyser ce que les enfants ont mangé mardi.
Les durées de conservation des enregistrements sont, elles, le sujet le plus mal documenté du secteur. Le « 6 mois pour les étiquettes » vient d'une note de service de la DGAL de 2005, aujourd'hui caduque, elle-même reprise du document d'orientation européen sur le règlement 178/2002 : six mois pour les denrées périssables, cinq ans pour les produits sans date limite. Le « 3 ans pour les relevés HACCP » n'a aucune base textuelle. La règle réelle est simple : la durée est celle que vous écrivez dans votre PMS, et les repères de six mois et cinq ans restent ceux que les DDPP appliquent.
| Étape | Ce qu'on écrit | Texte |
|---|---|---|
| Réception | Fournisseur, produit, lot, DLC ou DDM, température, conformité, initiales | Règlement (CE) 178/2002 art. 18, règlement (CE) 852/2004 |
| Stockage | Température des enceintes froides, une fois par jour au minimum, action corrective si dépassement | Arrêté du 21 décembre 2009, arrêté du 8 octobre 2013 |
| Ouverture et préparation | Date d'ouverture et DLC secondaire sur chaque contenant entamé, étiquette par biberon | PMS, recommandations AFSSA de juillet 2005 pour les biberons |
| Service | Plat témoin par plat servi, température de remise en température ou de maintien | Arrêté du 21 décembre 2009 annexe IV alinéa 5, arrêté du 8 octobre 2013, vade-mecum DGAL |
| Incident | Rappel produit traité, non-conformité et action, signalement TIAC | Règlement 178/2002 art. 19, art. L. 3113-1 CSP |
Une crèche associative de 24 places à Valence a été classée B en mars pour un seul motif : les plats témoins étaient bien prélevés, mais le registre n'indiquait pas la date de fin de conservation, et deux barquettes de plus de huit jours dormaient au fond du congélateur. Le geste était fait, rien ne permettait de le vérifier. Le détail est dans notre article sur le plat témoin en crèche.

Un outil pensé pour votre quotidien
Réception, lots, DLC et plats témoins tracés depuis la cuisine
Avec Leia, chaque livraison se trace en quelques secondes avec la photo de l'étiquette, les températures se relèvent depuis la section, les DLC secondaires se calculent à l'ouverture et le registre complet se sort en un clic le jour du contrôle ou du rappel produit.
Rappel produit, TIAC, contrôle DDPP : le jour où la traçabilité sert
La traçabilité ne se juge pas un jour ordinaire. Elle se juge trois fois. Lors d'un rappel produit d'abord : l'article 19 du règlement 178/2002 impose de retirer la denrée concernée, et la question posée à la crèche est « avez-vous ce lot, et l'avez-vous servi ? ». Sans registre de réception, la réponse honnête est « on ne sait pas », et elle oblige à considérer tous les enfants comme exposés.
Lors d'une suspicion de toxi-infection alimentaire collective ensuite. Dès deux cas groupés, ou dès la suspicion, le signalement à l'ARS est obligatoire au titre de l'article L. 3113-1 du code de la santé publique, via le point focal régional et le cerfa 12211*02. L'ARS enquête avec la DDPP, qui demande les plats témoins, les relevés de température, le registre de réception et le plan de nettoyage des jours concernés. Une structure qui les fournit dans l'heure est une structure qui a fait son travail ; le reste est de l'épidémiologie.
Lors du contrôle DDPP enfin. En 2023, les services vétérinaires ont réalisé 849 contrôles en crèche. D'après le rapport du Sénat de mars 2025, 36,7 % ont obtenu le niveau A, 55,4 % le niveau B, 6,8 % le niveau C et 1 % le niveau D, ces deux derniers entraînant des suites administratives et une inspection de suivi. Le niveau est publié un an sur Alim'confiance, où les familles peuvent le lire.
Un gestionnaire de deux micro-crèches à Annecy a reçu en juin un message de son fournisseur de compotes : rappel d'un lot pour suspicion de corps étranger. Sur le premier site, la photo de l'étiquette à réception a permis de répondre en quatre minutes : lot non reçu. Sur le second, sans photo ni registre, il a fallu appeler les familles de toute la section. Même fournisseur, même produit, deux journées très différentes. Le registre de réception n'est pas de la paperasse pour l'inspecteur : c'est votre réponse le jour où le téléphone sonne. Le protocole complet est dans notre article sur la TIAC en crèche, et la place de ce volet parmi les autres registres dans notre dossier complet sur la traçabilité en crèche.
Conclusion : tracer à la porte, pas au bureau
Quatre points de bascule. La traçabilité d'une crèche commence à la porte, quel que soit l'agrément du fournisseur. Les cinq colonnes du registre de réception valent plus que dix champs jamais remplis. Le plat témoin de 80 à 100 g conservé cinq jours est l'obligation la plus précise et la plus souvent mal tenue. Et aucun texte ne fixe la durée de conservation de ces enregistrements : celle que vous écrivez dans le PMS devient la vôtre, avec les repères de six mois et cinq ans en tête.
Concrètement, cela change trois choses : une photo de l'étiquette à chaque livraison sensible, une DLC secondaire écrite sur chaque contenant ouvert, et un registre de plats témoins avec la date de fin de conservation. Trois gestes de dix secondes, faits à la cuisine et non reconstitués le soir au bureau.
Le coût du statu quo se mesure en niveau B affiché un an sur Alim'confiance, en section entière appelée pour un rappel qui ne vous concernait peut-être pas, et en incapacité à répondre à l'ARS le jour d'une TIAC. Trois gestes de dix secondes coûtent moins que la première de ces trois lignes.
Le premier écran de Leia, celui par lequel tout a commencé, était le suivi des DLC et des lots. Pas parce que c'était le plus compliqué, mais parce que c'était ce que les équipes faisaient déjà de tête, sans jamais pouvoir le prouver. Le jour où une directrice a répondu à un rappel produit en quatre minutes depuis son téléphone, on a su qu'on tenait quelque chose.
• Romain Sessine, fondateur de Leia
Sources
- Règlement (CE) n° 178/2002, articles 18 et 19 : traçabilité et retrait des denrées (EUR-Lex).
- Vade-mecum sectoriel restauration collective, DGAL, version 2.6, mars 2026 : températures, plats témoins, grille d'inspection.
- Arrêté du 8 octobre 2013 relatif aux règles sanitaires applicables aux denrées autres que d'origine animale (Légifrance).
- Cerfa 12211*02 : déclaration d'une toxi-infection alimentaire collective (articles L. 3113-1 et R. 3113-1 CSP).
- Rapport du Sénat n° 460, mars 2025 : contrôles DDPP en crèche en 2023.
- Alim'confiance : publication des résultats de contrôle (service-public.fr).
Si votre fournisseur rappelait un lot ce matin, sauriez-vous en quatre minutes si vous l'avez servi ?
Si la réponse est « il faudrait chercher », vous le découvrirez au pire moment. Leia trace la réception avec la photo de l'étiquette, les températures, les DLC secondaires et les plats témoins depuis la cuisine, et retrouve un lot en un clic. Une démo de 30 minutes suffit pour voir comment cela se passe chez vous.
