De la réanimation néonatale aux bottes en caoutchouc
Charline Cachat vient du soin hospitalier. Infirmière puéricultrice de formation, elle passe plusieurs années en onco-hématologie, en soins palliatifs, puis en réanimation néonatale, avant de rejoindre la protection maternelle et infantile. C'est là, en visitant des structures d'accueil et des assistantes maternelles, qu'elle rencontre des parents désespérés de ne pas trouver de place. Premier déclic : il y a un vrai problème de modes d'accueil en France.
Vient ensuite un poste de direction dans un multi-accueil d'un grand groupe. Les process sont centralisés, pensés loin des petites communes de Haute-Savoie. Interdiction de sortir de la crèche, même pour un tour de luge dans le champ d'à côté. Elle découvre en parallèle des crèches où avoir un extérieur, de l'herbe, est présenté comme une chance. Au nom de l'hygiène et du risque zéro, les espaces de crèche ont perdu tout lien avec la nature, et les extérieurs ont été oubliés dans les formations à l'aménagement.
Il n'y a pas de mauvais temps, que de mauvais vêtements
Chez Wild Child, on arrête d'attendre les conditions parfaites pour sortir. On adapte les vêtements, le matériel et surtout la durée. Plutôt que d'habiller toute une crèche pour trente minutes dehors, les enfants passent directement à l'extérieur à l'accueil, sans temps de déshabillage. On mange dehors, on dort dehors, et la montre compte moins que l'observation de l'enfant pour rythmer la journée.
Chaque structure a son potager et, sauf ouverture récente, ses animaux : gros lapins de ferme ou poules. Les poules bouclent un cycle simple et très parlant pour les enfants : le poulailler reçoit les restes des repas, ce qui ne convient pas aux poules part au compost, et les enfants ramassent les œufs.
Côté professionnels, il faut accepter le froid, l'humidité, et le fait de se salir comme les enfants. En échange, moins de stress sur l'état du sol pendant les allers-retours entre dedans et dehors : on balaie à la fin du temps dehors, pas derrière chaque botte. Et quand on mange dehors, les poules passent derrière.
Un établissement d'accueil, pas un établissement de soins
Charline vient du secteur hospitalier et se dit très à cheval sur l'hygiène. Sa ligne est pourtant nette : une crèche accueille, elle ne soigne pas. Sur-désinfecter et sur-protéger ne préparent pas les enfants à demain. L'idée est de leur redonner le droit de prendre des risques, de se salir, d'être pieds nus.
Après sept ans d'exploitation, les petites maladies existent toujours et certains enfants restent plus sensibles que d'autres. Mais pendant le Covid, avec des équipes déjà très dehors, aucune structure n'a connu de vague. Les épidémies sont plus rares, même si une gastro-entérite reste une gastro-entérite. Tout un travail pédagogique se fait auprès des familles pour qu'elles comprennent l'intérêt de sortir, y compris quand l'enfant est un peu malade.
Sur-désinfecter, sur-protéger, sur-tout : on ne fait pas du bien à nos enfants pour demain.
Une pédagogie qui revient, plus qu'elle n'arrive
On parle beaucoup de pédagogies scandinaves. Elles viennent aussi d'Allemagne et du Québec, où les enfants entrent plus tard en collectivité et passent des demi-journées, voire des journées entières dehors, parfois sous une simple bâche, sans clôture. Des points rouges peints sur les troncs servent de limite visuelle.
La France a eu ses écoles de la forêt avant la guerre, nées des grandes épidémies infantiles. L'arrivée des vaccins a fait naître la crèche comme lieu de soins et de prévention, très hygiénique, sans parents à l'intérieur. Le plein air est tombé dans l'oubli. Il revient depuis quelques années dans les écoles, et seulement maintenant chez les tout-petits, où la réglementation et les enjeux de sécurité rendaient tout le monde plus frileux.
Jusqu'en 2021, le semi-plein air n'existait dans aucun texte. La réforme Norma, avec le décret du 30 août 2021 et le référentiel bâtimentaire de l'arrêté du 31 août 2021, a posé noir sur blanc que l'accueil en semi-plein air est possible avec un projet pédagogique adapté, et que les espaces extérieurs comptent dans les mètres carrés de vie des enfants. Deux lignes qui ont rendu la yourte possible.
Huit structures, une franchise, un organisme de formation, et une yourte
Wild Child a ouvert deux crèches en 2025 et deux autres en 2026, pour arriver à huit structures. L'année prochaine sera une pause : pas d'ouverture, pour se concentrer sur l'existant. Autour, une dizaine de franchisés en métropole, à La Réunion et en Guyane, choisis pour leurs valeurs plutôt que pour faire du volume. Et depuis 2021, un organisme de formation certifié Qualiopi qui a formé plus de trois mille professionnels en France, en Suisse, au Luxembourg et jusqu'au Québec, avec une vingtaine de formateurs et une trentaine de thématiques, toutes teintées plein air.
La grande nouveauté, c'est la première micro-crèche en yourte : 60 m² intérieurs, une forêt à côté, et des enfants dehors les trois quarts du temps. La yourte n'est que le lieu de repli. Pour cette raison, elle accueille des enfants à partir de 15 mois, qui marchent et se font comprendre, et les 3 à 6 ans les mercredis et pendant les vacances scolaires.
Le projet aura pris six ans. Charline sollicite la PMI et la CAF dès 2020, obtient un accord écrit fin 2022, puis cherche une commune. Elle écrit à son député, qui organise un petit-déjeuner avec les maires de la circonscription. La commune de Marnaz la rappelle et lui trouve un terrain, qu'elle loue aujourd'hui : un projet privé porté main dans la main avec le public. Un an pour le permis, des soucis de terrain, une yourte montée avec les artisans, la famille et les ados, et une ouverture à l'été 2026.
J'y suis encore allée cette semaine et je n'ai plus envie d'aller au bureau quand je suis là-bas.
Pourquoi Wild Child a dit oui à Leia en quinze minutes
Avant Leia, la traçabilité était sur papier. Avec plusieurs structures, impossible d'être partout tous les jours ni de vérifier que chaque équipe mesure l'importance de cette traçabilité. À cela s'ajoutait une tension entre l'envie de laisser les enfants expérimenter et une culture du risque zéro. Il fallait un cadre solide pour que les professionnels laissent explorer sans passer leur temps à faire du ménage.
Le déclic tient en un mot : la centralisation. Depuis ses bureaux, Charline a une visibilité sur l'ensemble de ses structures. Les cahiers d'étiquettes ont disparu, tout est archivé dans l'outil aussi longtemps qu'il faut le conserver. Si une question se pose demain, l'élément se retrouve en quelques clics.
Wild Child a aussi fait évoluer Leia. Le poulailler est entré dans le plan de nettoyage, le suivi des repas servis à température ambiante a été ajouté, et le dortoir extérieur a rejoint les dortoirs grands et petits. C'est cette réactivité que Charline cite comme ce qu'elle apprécie le plus en tant que gestionnaire.
Qualité d'accueil : rendre les directrices autonomes
Charline a participé au groupe de travail nature du référentiel qualité d'accueil. Elle y voit un texte utile, qui mentionne enfin les siestes en extérieur, même s'il reste léger à son goût. Wild Child avait déjà créé son audit interne : affichages obligatoires, exercices d'évacuation et de confinement faits en temps et en heure, contrats de maintenance à jour, et un listing du matériel pièce par pièce pour repérer ce qui manque ou s'abîme, jusqu'aux gants troués que personne ne remontait.
La prochaine étape serait un audit croisé : une directrice passe une journée dans une autre crèche du réseau pour en remonter le positif et ce qu'elle changerait, avec un regard neutre. L'idée est là, le temps manque : avec des tarifs bloqués depuis 2013, impossible de financer un poste supplémentaire.
Je voulais que les directrices soient autonomes et en capacité de comprendre ce qu'on nous demande.

